Situé dans le centre-sud de la Corse, le plateau du Cuscionu (ou Cuscio) constitue un palier naturel entre les hautes vallées du Taravo et des affluents rive droite du Rizzanese, notamment le Codi et le Chiuvone, et les pentes du Monte Alcudina, point culminant du sud de l’île à 2 134 mètres d’altitude.
Ce territoire d’exception couvre environ 70 000 hectares, répartis sur les communes de Zicavo, Aullène, Serra di Scopamena et Quenza. Il forme un paysage unique en Corse, où la hauteur, la roche et l’eau composent un environnement à la fois hostile et poétique.
Le plateau évolue entre 1 400 et 1 700 mètres d’altitude. Il se compose de massifs granitiques entremêlés de vallons profonds, alternant avec de grandes plaines d’altitude. Ce relief varié est façonné par l’érosion, le vent et les siècles. Ici, la roche prend des formes étonnantes : on y trouve notamment de nombreux tafoni – ces cavités naturelles dans la roche – que les anciens habitants ont parfois utilisés comme abris rudimentaires, pour se protéger du froid, du vent ou de la pluie.
Le plateau du Cuscionu est surtout connu pour ses pozzines, de magnifiques prairies humides d’altitude, parmi les plus belles de l’île. Ces pelouses spongieuses se développent sur un sol tourbeux irrigué par la fonte des neiges et les sources naturelles, dont le ruisseau du Codi. Les pozzines forment un tapis vert vif, sillonné de petits cours d’eau sinueux. Elles offrent un spectacle naturel saisissant, particulièrement au printemps et au début de l’été.
Ces zones humides abritent une biodiversité rare, avec des plantes endémiques, fragiles et protégées. Ce milieu est extrêmement sensible : il est vital de ne pas piétiner les zones humides, de rester sur les sentiers et de respecter les balisages pour préserver ce patrimoine unique.
Le plateau du Cuscionu est un refuge naturel pour de nombreuses espèces animales, certaines endémiques, d’autres emblématiques de la faune corse :
• Gypaètes barbus, aigles royaux, milans royaux planent dans les airs
• Mouflons, chevaux sauvages, cochons en liberté et vaches pâturent sur les étendues herbeuses
• Des petits amphibiens et insectes rares peuplent les zones humides
Ce contraste entre la nature brute, la vie sauvage et le silence minéral confère au plateau une ambiance quasi mystique. Certains rochers au sommet, aux formes massives et aplaties, évoquent une enclume naturelle, accentuant encore l’impression de lieu hors du temps.
Chaque été, le plateau du Cuscionu retrouve son rôle ancestral de terre d’estive. Les bergers y montent leurs troupeaux – brebis et chèvres – pour profiter des pâturages riches et frais offerts par l’altitude. Cette transhumance estivale, encore pratiquée aujourd’hui, perpétue une tradition pastorale millénaire. Les bergeries, souvent en pierre sèche, ponctuent le paysage et témoignent d’un savoir-faire rustique et durable. En croisant un berger ou un troupeau en liberté, le visiteur entre en contact avec l’âme rurale de la région, où l’homme et la nature cohabitent au rythme des saisons.
L’accès au plateau du Cuscionu reste relativement difficile, ce qui contribue à sa préservation.
Conseils pour une visite responsable :
• Privilégiez la randonnée à pied ou les visites encadrées
• Ne sortez pas des sentiers balisés et évitez les zones humides
• Respectez la faune, ne touchez pas les animaux même s’ils semblent domestiqués
• N’emportez aucune fleur ou plante, certaines espèces sont protégées
• Emportez vos déchets, il n’y a pas de poubelle en pleine nature
• Équipez-vous de chaussures adaptées, de vêtements chauds, et prévoyez de l’eau en quantité